Vous êtes propriétaire d’une habitation en Flandre, achetée 100.000 €. A
l’achat, vous avez donc payé 10 % de droit d’enregistrement, soit 10.000 €.
Deux enfants sont arrivés et vous voulez une plus grande maison. Vous achetez
alors une maison de 150.000 €.
Vous ne paierez pas les droits d’enregistrement de 10 % sur 150.000 €
mais sur 50.000 €. Pourquoi ? Parce que les droits payés sur l’acquisition
précédente sont portables sur la suivante).
Quelles sont les conditions de cette portabilité (meeneembaarheid) ?
·
Les
deux immeubles doivent être situés en Flandre.
·
Les
deux immeubles doivent affectés à l’habitation même si le nouvel immeuble peut
être un terrain où construire une habitation.
·
Le
propriétaire doit être une personne physique, même si l’achat avec une société
est autorisé.
·
Entre
l’achat et la vente ou la vente et l’achat, il n’y a pas plus de deux ans (cinq
ans si c’est un terrain).
·
Les
droits d’enregistrement à reporter n’excèdent pas 12.500 €.
·
Le
propriétaire n’a pas acquis précédemment sous le régime de l’abattement.
·
Le
propriétaire n’a pas d’autre habitation ou terrain.
Cette mesure simple et intelligente est flamande.
Pourquoi Bruxelles n’imite-t-elle pas cette mesure ?
Les Députés bruxellois Didier Gosuin et
Olivier de Clippele ont déposé en 2005 une
proposition d’ordonnance en ce sens, en vain (A-113/1, 2004/2005).
Ils l’ont redéposée en 2009 (A-20/1 - S.O. 2009). En vain jusqu’à
présent.
Et en Wallonie ?
Une proposition en ce sens a également été déposée au parlement wallon
(DOC. 185 [2004-2005] n° 1 et 2) où elle a été rejetée par la majorité
(45/18). Pourquoi ? A cause de son coût direct (23,9 millions d’euros),
jugé excessif.
Pour la Wallonie où les terrains sont moins chers, on peut comprendre
que le législateur n’aperçoive pas le rendement indirect d’une mesure
favorisant les mutations immobilières.
A Bruxelles, par contre, la portabilité serait d’un grand secours pour
fixer dans la Région les classes moyennes ou aisées qui contribuent en payant
des impôts.
Et Bruxelles a besoin d’habitants payant des impôts, c’est un fait et il
n’y a rien d’idéologique à le reconnaître.
Les députés Gosuin et de Clippele
avaient fait valoir ce qui suit en présentant leur proposition
d’ordonnance :
« Le coût d’acquisition d’habitations constitue un frein à
l’implantation et à la stabilisation des ménages en Région de
Bruxelles-Capitale. Le prix est tel que lors de tout changement professionnel
ou familial nécessitant une habitation plus grande ou localisée ailleurs, les
ménages sont incités à quitter la Région de Bruxelles-Capitale pour acquérir
leur maison ou appartement à l’extérieur du territoire bruxellois.
(...) les plafonds de la mesure d’abattement sont tels que les catégories
de personnes que la Région a objectivement le plus intérêt à fixer pour éviter
la diminution de ses recettes - classes moyennes et revenus élevés - n’en sont
que faiblement influencées. La concurrence fiscale de la Flandre et le prix
relativement plus bas qu’à Bruxelles des terrains en Wallonie donnent
l’avantage à ces Régions lorsqu’un ménage doit décider d’acquérir une nouvelle
habitation plus importante pour abriter sa famille.
La présente ordonnance a pour objectif d’agir sur le prix d’acquisition
d’une nouvelle résidence principale en vue d’inciter les Bruxellois à demeurer
dans notre Région lorsqu’ils doivent ou souhaitent acquérir une nouvelle
résidence principale correspondant mieux à leurs conditions de vie. »
Ce sont des propos de bons sens. Seront-ils entendus ?
Nous en doutons. La Région est sous-financée et a tellement peur de
perdre des recettes en droits d’enregistrement qu’elle hésite même a supprimer
les droits d’enregistrement sur le terrain lorsque la TVA le frappe déjà ...
(voyez notre article sur l’article 159, 8° C. En.).