Introduction
Avertissement
Dans la présente
note, nous allons traiter l’entreprise comme un bien. Nous ferons abstraction de l’élément émotionnel qui est lié
au bien le plus important de chaque entreprise : les ressources humaines.
Le présent travail relativement technique pourra donc vous paraître déshumanisé
et ne s’intéressant qu’à une seule personne, le propriétaire de l’entreprise.
Ce caractère déshumanisé et univoque ne correspond en rien à la philosophie des
personnes qui l’ont écrit et présentée, ou de leurs partenaires.
Nous devons
également indiquer que les éléments que nous développons ne sont pas examinés
sous l’angle d’un commissaire de société. Certains des aspects présentés
pourraient au contraire être quelque peu hérétiques du point de vue révisoral classique. Nous nous inscrivons ici simplement
dans le cadre de la pratique de la cession d’entreprise. Sans cautionner tout ce qui
s’y passe, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur la réalité des pratiques du
terrain.
Limitation de la portée du présent
travail
Le présent
exposé s’attachera essentiellement à l’examen de la cession d’une société à un tiers.
Nous n’aborderons qu’accessoirement une cession dans le cadre d’une
succession familiale qui s’écarte souvent d’éléments économiques objectifs.
La cession à
des tiers (entendus ici hors famille), mais internes à l’entreprise, en
particulier le management de celle-ci, n’est pas non plus étudiée ici. En
effet, une telle cession comporte des différences notables avec la cession à
des tiers externes, notamment parce que les membres du management connaissent
parfaitement l’entreprise, ses possibilités, ses points forts et faibles
(parfois mieux que le dirigeant lui-même). Par conséquent, comme dit avant,
nous partirons de deux postulats :
• l’entreprise est une
société ;
• l’acquéreur est un
tiers.
Nous devons
également préciser que notre objectif n’est pas de présenter un catalogue des
méthodes de valorisation, ni la formule magique à appliquer pour fixer la
valeur d’une société. Notre objectif est de rappeler les étapes utiles pour préparer au mieux une cession afin d’en
optimaliser le prix. Ce prix n’est d’ailleurs pas uniquement fixé par rapport à
des critères financiers.
La cession d’entreprise, une
préoccupation d’actualité
Comme le
soulignent divers magazines spécialisés, le « babyboom »
qui a suivi la seconde guerre mondiale a comme conséquence actuelle qu’une
tranche non négligeable de la population s’approche de l’âge ou plutôt de la
période d’une retraite bien méritée. Ce
phénomène s’applique bien entendu auprès des dirigeants d’entreprises. Suivant
les chiffres communiqués par « COFACE services Belgium »
(06/2007), 42 % des dirigeants d’entreprise ont plus de 50
ans et 17% ont 60 ans et plus. Sur
cette base, nous devrions assister pour la seule Région wallonne à 7.550
cessions dans les cinq ans à venir et 12.986 à un horizon de dix ans. Pour la
Région bruxelloise, 3.430 cessions sont prévisibles dans les cinq prochaines
années et 5.899 dans les dix années à venir.
Il y donc
lieu d’être conscient de la vague de
transmissions - successions d’entreprises qui va se dérouler dans les
prochaines années. Elles seront donc
cruciales, non seulement pour les cédants, mais d’une manière générale pour
l’ensemble du tissu économique de nos régions. Ainsi, le tissu économique wallon est principalement constitué de PME voire de TPME, particulièrement
sensibles aux conséquences néfastes d’une transmission ratée. Les grandes
sociétés ont, en général de leur côté, déjà sécurisé et prévu de longue date ce
type d’opération.
N’oublions
pas que la cession d’une entreprise ne se programme pas uniquement dans le
cadre d’une succession (dans de nombreux cas examinés, il serait plus judicieux
de parler d’une non-succession), mais qu’elle peut être une véritable opportunité pour des « jeunes entrepreneurs ».
Selon une étude française, 50% des acquéreurs se reconnaissent dans ce profil.
Le présent rapport leur est également partiellement applicable. Nous indiquons
partiellement, car en général ils répondent à une offre, une opportunité qu’ils
ne peuvent refuser. Il est donc peu question de préparation.
Une cession ou une succession ?
Faut-il préférer la transmission de
l’entreprise à un tiers plutôt qu’à un descendant que l’on considère
insuffisamment compétent ?
Nous le
pensons. En effet, il y a vingt ans, un héritier peu compétent pouvait détruire
une entreprise en une génération, à ce jour, une entreprise est détruite en
trois ou quatre ans.
La
transmission à un héritier compétent est évidemment envisageable. L’entreprise
peut déjà représenter un héritage familial. Dans ce cas de figure, le dirigeant
en est-il réellement le propriétaire ou seulement le détenteur jusqu’à la
prochaine génération ? La succession s’impose d’elle-même, mais encore
faut-il que le successeur dispose des qualités
requises. Ce type de situation est cependant de plus en plus rare :
67% des cédants sont les créateurs de leur entreprise, 16,5% des cédants ont
été également acquéreurs de leur entreprise et seuls 16,5% sont eux-mêmes des
successeurs.
Il est
nécessaire de répondre à quelques questions
pour définir si la voie de la succession est celle qui convient le mieux :
►
L’entreprise est elle valorisable auprès d’un tiers ?
► Est-ce
que je réalise une opération financière ou une opération à caractère
affectif ?
► Cette
succession me fera-t-elle encore supporter le risque d’entreprise ?
► Ai-je
besoin des montants de la cession pour assurer mon existence après la
succession ?
► Si je
consens un prix d’ami à mon héritier, puis-je rétablir l’égalité entre les
enfants sans m’appauvrir de manière inconsidérée ?
►
Serais-je capable de céder affectivement les rênes de l’entreprise ?
►
Vais-je supporter que mon héritier ne partage pas mes vues ?
► Dans
l’entreprise ainsi cédée, qui sera le vrai patron pour les travailleurs ?
Cela me conviendra-t-il ?
Cette liste
est loin d’être exhaustive et elle pourrait d’ailleurs, pour partie du moins,
s’appliquer à la cession à un tiers, mais il faut souligner que les
considérations d’ordre affectif
s’estomperont s’il y a intervention d’un tiers.
Avouons-le, cette liste est dirigée, mais elle impose de réfléchir
honnêtement à tous les aspects non soupçonnés d’une succession.
Après examen,
la succession sera peut-être la meilleure solution. Dans ce cadre, il restera
très important de la préparer. Le successeur pressenti devra être préparé de nombreuses années à
l’avance. Il devra être dirigé, y compris dans le choix de ses études afin
d’acquérir les compétences utiles et
nécessaires. Si possible, il fera ses premières armes dans une autre entreprise
afin d’y accumuler une expérience. Pour terminer, il devra être intégré à
l’entreprise et y avoir fait ses preuves. Le cédant s’assurera également qu’il
est capable de développer un leadership
suffisant pour mener à bien sa barque.
Timing de
préparation
Grandes phases de la
cession
La
transmission d’une entreprise doit être correctement préparée. Ce virage doit
être négocié assez tôt, idéalement entre 50 et 55 ans pour celui qui veut
quitter la vie professionnelle au début de la soixantaine. Le chef d’entreprise
doit faire un bilan personnel en examinant :
►
Ses motivations,
►
Sa situation patrimoniale,
►
Ses contraintes financières et ses projets personnels après la cession.
D’une manière
schématique, nous pouvons résumer sur une ligne du temps les différentes phases
qui interviendront pour la cession de l’entreprise.
Les différentes phases pour la cession de
l’entreprise
|
7
|
6
|
5
|
4
|
3
|
2
|
1
|
0
|
-1
|
|
Phase I - 7 ans avant
cession. Introspection du
dirigeant
|
Phase IV
Négociation
3 à 6 mois
|
Phase V
Après la
cession
3 à 12 moi
|
|
|
Phase II -5 / 4 ans avant
la cession
Adaptation
et préparation de la société
|
|
|
Phase III
Mise sur le
marché
18 à 3 mois
|
Phase I
Le
propriétaire devra donc réaliser un travail sur lui-même, ce qui constitue la
première étape d’une transmission d’entreprise. Il devra examiner ses
motivations, se préparer psychologiquement à se séparer d’une tranche
importante de sa vie. Il devra convenir du meilleur moment pour entamer le
processus de cession. Idéalement, il devra se préparer cinq à sept ans avant la
cession.
Phase II
Ensuite, il
effectuera le même travail d’introspection sur sa société. L’entrepreneur devra
s’interroger sur les points forts et les points faibles de son entreprise sur
le plan commercial, juridique, financier et organisationnel. Après l’analyse
viendra le temps de l’action : il définira les actions à mener afin de
rendre son entreprise « vendable » sous tous points de vue. Pour être
réellement efficace, la phase de préparation devra commencer quatre à cinq ans
avant la période de cession.
Phase III
Mise sur le
marché de l’entreprise. Mise au point d’un mémorandum de présentation de la
société. Recherche des canaux de diffusion. Sélection des repreneurs
potentiels. Début des contacts préliminaires. Suivant l’attractivité de la
société et les exigences du cédant, nous constatons qu’une période normale de
recherche de partenaires s’étale sur 3 à 18 mois. Des périodes plus longues
sont observées, mais démontrent alors une inadéquation entre l’offre et la
demande.
Phase IV
Fin des
contacts préliminaires avec les repreneurs potentiels. Sélection d’un
acquéreur. Phase de négociation, d’évaluation, de définition de mode de
paiement et de garantie. Conclusion de la convention de cession. Si le
repreneur sélectionné est sérieux, la période de négociation requiert
usuellement entre 3 et 6 mois. Au-delà de cette période, nous constatons un
désintérêt de l’une des parties.
Phase V
La convention
de cession prévoit souvent une période de transmission entre les nouveaux et
les anciens. Nous relevons que lorsque les repreneurs prennent rapidement les
rênes, cette période est écourtée par rapport à la convention. Cette période
est également utilisée pour la réalisation d’un audit d’acquisition final. Ce
dernier audit sera plus important, car le repreneur et ses conseillers auront
connaissance de toutes les informations et auront pu vérifier la réalité
pendant une période de plusieurs mois. Pour le cédant, il reste à disposition
du repreneur, mais s’éloigne de l’entreprise. Il commence sa nouvelle vie.
Cette période ne peut dépasser 12 mois.
La présente
note s’intéressera à la phase I et surtout à la phase II. Les autres étapes ne
seront évoquées qu’à titre subsidiaire.
Réflexion sur le bon moment de la
cession
Y-a-t-il un
moment optimal pour la cession d’entreprise ; ce moment exerce-t-il une
influence sur la valorisation de la société ?
La réponse
est positive. Pour tenter de déterminer ce moment, il est nécessaire de porter
une attention à la motivation du vendeur et de l’acquéreur.
Le prix de la
cession est influencé par les motivations
de l’acquéreur qui peuvent être :
►
les possibilités de générer des résultats et une rentabilité ;
►
l’acquisition de parts de marchés qui permettrait à l’acquéreur d’améliorer la
rentabilité de sa propre activité ;
►
la possibilité d’acquérir une activité complémentaire à celle de l’acquéreur ou
l’accès à une clientèle particulière ;
►
la possibilité d’acquérir le matériel, les ressources humaines, un brevet dont
dispose la société.
Les trois
dernières motivations résultent d’un intérêt d’opportunité pour un acquéreur qui développe déjà une activité. La
première répond soit à des désirs d’acquisition d’une activité dans le cadre
d’un développement personnel, soit à une préoccupation strictement financière
(placement ou spéculation). Dans ce cas, le respect d’un bon timing de
préparation est primordial pour obtenir une valorisation optimale.
Les cessions
auxquelles nous assistons répondent souvent aux préoccupations suivantes de la part du cédant :
1.
Une dimension successorale : l’absence de successeur ou de successeur
intéressé, ou encore de successeur capable, conduit le vendeur à rechercher un
tiers repreneur ;
2.
La volonté de se retirer de l’activité afin de récolter le fruit de ses efforts
accumulés ;
3.
Des difficultés de liquidité ou de rentabilité ou des difficultés de
conjoncture obligent le vendeur à remettre son activité ;
4.
Des problèmes de santé ou un désintérêt pour l’activité déployée.
Si le cédant
ne veut pas liquider ou brader son entreprise, tenant compte des motivations de
l’acquéreur, il devra se situer dans une phase positive (soit les deux premiers
points). Dans le cadre des autres possibilités, il s’agira surtout de sauver
les meubles.
Les cédants
concernés par l’optique « sauve qui
peut » représentent le quart des candidats cédants. Dans ce cadre la
cession doit s’effectuer le plus rapidement possible, car les motivations de la
vente sont souvent subites et subies. La transmission risque alors d’être
bâclée. Une meilleure valorisation de l’entreprise pourra être obtenue si elle
a accumulé des réserves et conserve en son sein de véritables richesses :
• ressources humaines efficaces ;
• portefeuille
de produits intéressant ;
• part de
marché significative ;
• nom respecté
sur le marché ;
• ...
Sous ces
conditions, le dirigeant pourra espérer reconstruire une entreprise vendable.
Le cédant
vend principalement des activités futures et des résultats espérés. Il est donc
primordial que l’acquéreur y retrouve une possibilité de rentabilité future.
Dans ce cadre, acquérir une entité qui a atteint l’apogée de son cycle d’activité
ne sera donc pas nécessairement une bonne opération. Il conviendra donc
d’examiner le cycle de vie des produits cédés et leur durée de vie. Proposer à
la vente en fin de cycle risque d’être peu porteur de revenus futurs pour
l’acquéreur.
En dehors des
aspects directement liés aux motivations du vendeur ou à l’état de
développement de sa société, le niveau d’activité conjoncturel est un élément
non négligeable pour déterminer le bon moment de la cession. En plus de
l’impact que la conjoncture exerce sur la société elle-même, elle influence
également :
•
les possibilités d’obtenir un crédit auprès d’un organisme financier ;
•
la peur du futur des repreneurs potentiels.
Nous pouvons
constater que la période actuelle
n’est pas idéale pour la cession ou, pour être plus précis, pour la conclusion
de la cession, du moins dans le chef du cédant. En effet, les résultats de
l’entreprise ont souvent fléchi (c’est la version optimiste), des frais de
restructuration sont peut-être à exposer, le crédit bancaire pour l’acquisition
est plus difficile à trouver.
Par contre,
nous sommes dans une période favorable
pour la préparation de cessions. Il ne faut pas se le cacher, il y de
grandes probabilités pour que la réponse d’une entreprise à la crise économique
passe par une restructuration, laquelle présente un coût qui à son tour pèsera
sur la valorisation de l’entité. Mais cette restructuration sera plus
facilement acceptée en période de crise plutôt qu’en période de croissance.
Comme déjà
exposé, une période de trois à quatre ans est nécessaire pour préparer la vente
d’une entreprise. Cette période correspond aux prévisions de retour à une conjoncture favorable. Nous pouvons
peut-être même espérer une période d’euphorie après la disette - ce qui
signifie des banques qui veulent prêter, des entrepreneurs qui désirent se
lancer, la consolidation de marché pour d’autres, soit tout un mouvement
positif (peut-être excessivement), de nature à faire accepter un bon dossier.
En résumé, si
nous mettons en phase les motivations de l’acquéreur et celles du vendeur, le
moment optimal de cession est celui où l’entreprise croît sans avoir atteint
son apogée. La période actuelle est plus propice à la préparation qu’à la
cession : celle-ci interviendrait alors au cours d’années futures qui
devraient être celles d’une croissance soutenue. Par contre, pour les candidats
vendeurs « étranglés », le bon timing sera le « plus rapidement
possible ».
Intervention
d’un expert externe
Le rôle
d’entrepreneur ne s’improvise pas. Il existe d’abord par une compétence naturelle ou travaillée, il
se complète par la pratique de tous les jours et les réajustements que cela
inclut.
Il en est de
même pour la transmission d’entreprise, ce travail ne s’improvise pas. Il est
clair que les qualités professionnelles et de négociateur de l’entrepreneur lui
seront très utiles, mais cela ne sera pas suffisant. A de rares exceptions
près, il lui manquera certaines connaissances
techniques et juridiques, l’expérience de situations analogues... en clair
tout ce qu’un tiers spécialisé peut lui apporter.
Ce tiers est-il unique ou multiple ?
Nous croyons
en la nécessité d’un responsable unique
qui épaule le cédant, qui suive le dossier et le conseille. Une personne ayant
suffisamment d’expérience pour appréhender
toutes les matières sans pour autant toutes les maîtriser. C’est à lui de créer
son équipe suivant les besoins et les spécificités de l’opération, ses aidants
complémentaires pouvant d’ailleurs être des partenaires habituels de
l’entreprise (avocat, notaire, expert comptable, banquier ...).
Vous nous
objecterez que l’une des raisons d’une cession réussie est la multiplicité des
sources d’informations et donc également des conseillers. Nous ne concevons pas
cette opinion comme une obligation de multiplier les intervenants, mais plutôt
comme une exigence de professionnalisation
du candidat cessionnaire.
Comme il le
fait dans le cadre de son activité habituelle, il doit devenir un cédant
professionnel, correctement informé et capable de mener la barque de la
cession. Il doit avoir récolté suffisamment d’informations pour justifier et
comprendre ses choix. Lorsque vous faites construire une maison, vous prenez
des renseignements sur les matériaux, les types de chauffage... une fois les
choix réalisés, vous confiez la réalisation du bâtiment à l’entrepreneur
professionnel, mais vous êtes devenu suffisamment averti pour prendre les
dernières décisions et comprendre ses demandes.
Critères
d’une cession réussie
Nous
reprenons, d’un rapport présenté en 2004 par Mme François Vilain au Conseil
économique et social français, LA
TRANSMISSION DES PME ARTISANALES, COMMERCIALES, INDUSTRIELLES ET DE SERVICES, les
éléments clés de réussite de la transmission d’une entreprise :
ü L’âge du cédant (60 ans maximum) ;
ü L’outil de l’entreprise n’est pas en fin de vie ;
ü Le personnel de l’entreprise est formé et compétent dans son
domaine ;
ü Le moyen de subsistance du cédant n’est plus exclusivement basé sur le résultat
de l’entreprise ;
ü Le cédant a préparé la transmission depuis quelques années (et en a accepté le
processus) ;
ü Le matériel faisant partie de l’entreprise est en état ;
ü Le cédant s’est fait assister (souvent par plusieurs
partenaires) pour réaliser la transformation ;
ü La vie après la cession est préparée entre autres par une
participation à la société civile ;
ü Le cédant a assisté suffisamment
longtemps le repreneur ;
ü Le cédant était ouvert à différents
types de reprise et prêt à négocier des conditions de paiement.
Nous allons
orienter notre étude de manière à répondre à ces différents éléments. Comme ils
interagissent les uns avec les autres, nous ne les présenterons pas les uns à
la suite des autres, mais selon une structure plus classique.
Operations
préalables a la préparation de cession
Faire le point sur
son entreprise :
Avec l’aide
de l’expert externe, le cédant va réaliser une première introspection sur son
entreprise. Une vue externe, plus critique que celle du cédant, avec un regard
qui correspondra à celui d’un acquéreur, sera très utile. Nous indiquons
ci-après les éléments à passer en revue :
Contexte général économique
Marché en expansion ou en crise, état
de la concurrence, secteur d’activité et règlementations particulières,
positionnement par rapport aux statistiques sectorielles...
• Éléments
favorables
• Zones
de risques
Contexte financier et comptable
Chiffres clés, organisation comptable,
situation de trésorerie...
• Éléments
favorables
• Zones
de risques
Ressources humaines
Effectifs, ancienneté, répartition des
compétences, représentation du personnel, type de management, contrats de
travail...
• Éléments
favorables
• Zones
de risques
Contexte juridique et fiscal
Répartition du capital, régimes de
faveur éventuels, contrats/licences/baux... engagements, cautions...
• Éléments
favorables
• Zones
de risques
Environnement et risques
professionnels
Normes d’hygiène et de sécurité
spécifiques à la profession, risques professionnels
• Eléments favorables
• Zones
de risques
Organisation interne
Organigramme,
contrôle interne...
• Eléments favorables
• Zones
de risques
Analyse des actifs
Etat
des installations, état d’usure du parc de production...
• Eléments favorables
• Zones
de risques
De cet
examen, il faut en retirer un plan d’action qui vous permettra de vous
préparer, de préparer l’entreprise au changement d’actionnaire que vous
envisagez. Seule une bonne préparation vous permettra d’obtenir le meilleur
prix de cession.
Examen financier préparatoire - état
des lieux financier :
Nous
conseillons de réaliser ce type d’examen dès le début de la phase de
préparation de cession de l’entreprise. Cela permettra d’identifier les rubriques bilantaires
susceptibles d’influencer négativement la valorisation et dont il faut tenir
compte. Par exemple, nombre d’entreprises n’ont pas de système adapté pour
évaluer les réductions de valeur sur les stocks, ou sous-estiment les pertes
probables sur clients. Sans cet examen préalable, le cédant argumentera la valorisation auprès de l’acquéreur sur
la base d’éléments discutables.
Tout
acquéreur sérieux demandera de justifier
le prix qui est proposé. La méthode de valorisation choisie sera
influencée par des éléments qui, s’ils sont mis à mal, se retourneront contre
le vendeur. Si, par exemple, la non-récupération de créances se vérifie,
l’argumentation du cédant sera démontée par des faits objectifs difficilement
écartables. Les arguments de l’acquéreur ne pourront plus être balayés du
revers de la main.
Il ne faut jamais miser sur l’incompétence de la
partie acquéreuse. Il ne sert à rien de négocier des conventions, et
spécialement un prix, si ensuite le résultat de la négociation est réduit à
néant parce que la « due diligence » qui suit montre que la réalité
n’est pas en correspondance avec la présentation qui en était donnée. Une
deuxième négociation devra alors être réalisée et le capital de confiance de
l’acquéreur sera érodé. Le cédant repartira déforcé dans l’aventure. Si les
nouvelles conditions qui lui sont appliquées ne sont pas acceptées, cela aura
constitué une perte de temps et d’énergie considérable.
Le candidat
cédant respectera donc en tout point la philosophe de Sun TZU : « Connais l’adversaire et surtout connais-toi
toi-même et tu seras invincible ».
Préparation
psychologique
A l’approche
de la retraite, les chefs d’entreprise sont souvent contraints d’organiser la cession
de leur entreprise. La tâche peut être douloureuse lorsqu’ils y sont attachés,
et qu’ils ont travaillé pendant des dizaines d’années pour la développer. Cela
peut rapidement devenir le sujet qui fâche.
Il n’est pas
rare que l’entreprise soit l’œuvre de la
vie du cédant, elle en a donc pour lui une valeur inestimable, puisque
profondément associée à une tranche plus ou moins longue de sa vie.
Nous savons
tous que nous sommes des êtres irrationnels quand il s’agit de cette personne
(l’entreprise) que l’on aime. L’émotionnel
prend le dessus, c’est régulièrement ce qui se passe pour un dirigeant
d’entreprise qui doit préparer sa succession. Tous les sacrifices réalisés, les
peurs, les espoirs, les bonheurs et réussites vont devoir se réduire à une
simple chose, un prix de vente. L’élément affectif est donc bien un des
premiers obstacles qu’il faudra surmonter.
Notons que le
dirigeant n’est pas le seul concerné : sa famille y est également
impliquée, attachée puisque son mode vie futur va évoluer. Il en est de même
pour le renoncement à la cession aux enfants.
Une fois la
cession réalisée, nous savons que l’entrepreneur, après une période de mise au
courant du repreneur, transmettra son « bébé ». Nous le savons tous
que « lorsque l’on vend une voiture, il est illusoire de vouloir continuer
à la conduire, le propriétaire s’en chargera bien lui-même ». Le premier
pas à la cession de son entreprise est donc l’acceptation, réelle et profonde, de l’opération dans le chef du
cédant. La cession doit devenir son nouveau projet auquel il va s’atteler. En
parallèle, il devra redéfinir sa vie après l’entreprise.
L’autre volet
d’une bonne préparation psychologique est l’acceptation
de la rationalisation de l’opération et du prix de vente. En d’autres mots,
il faut accepter que le prix ne corresponde pas nécessairement à la somme dont
vous auriez besoin pour vous mettre à l’aise financièrement pour le restant de
vos jours. La valeur devra correspondre à une valeur que l’on peut objectiver
et justifier économiquement.
Comment vais-je maintenir mon train de
vie ?
Cette
question a une portée psychologique conséquente. Si l’entreprise à céder est
une PME, il y a fort à parier que le niveau de vie - voiture, voyages,
sorties au restaurant... - sera à revoir. Nous avons régulièrement l’impression
que notre valeur comme humain est dépendante de notre portefeuille (ou de notre
présence dans le monde des affaires). Cela n’est certainement pas tout à fait
incorrect, mais il faudra s’affranchir du regard des autres.
Il n’y a pas
de recette miracle pour éviter ce « business
blues », et après tout, nous ne sommes que des hommes et pas des
machines. Les seules méthodes connues consistent à déporter son attention sur
d’autres points d’intérêt, soit à revoir ses priorités de vie.
Elles peuvent
consister à :
• s’occuper
de sa famille (élément souvent négligé par l’entrepreneur qui s’est fort
investi dans son entreprise) ;
• s’investir
dans la société civile ou le monde associatif (artistique, politique,
humanitaire,...) ;
• s’occuper
de soi et d’une santé qui peut être chancelante ;
• relancer
une autre entreprise ;
•
...
Ces éléments,
accompagnés du bon nombre de zéros sur le chèque d’acquisition, devraient
permettre de compenser, ou à tout le moins d’atténuer, le choc psychologique de
la cession.
En
conclusion : le cédant devra accepter la cession dans son for intérieur.
Il déterminera ses objectifs et ses orientations personnelles et financières
afin de pouvoir entrer sereinement et avec succès dans la phase de cession de
son entreprise. Le fait de ne pas avoir pu maîtriser l’élément affectif est une
des principales causes de transmission non réussie.
Préparation
de la structure organisationnelle
La direction et la personnalité du
cédant :
Dans la
majorité des PME, l’entreprise tourne autour de la personnalité de son dirigeant. Cet homme-orchestre qui commande et
contrôle la société est une pièce maîtresse de l’entreprise. Il est
indispensable et tout le monde le sait. Toute l’organisation tourne autour de
lui et, en général, les employés de l’entreprise, laissés seuls, ne maîtrisent
pas l’entreprise.
Le temps
nécessaire à la préparation de la cession devra entre autres être consacré à
créer une certaine autonomie de
l’entreprise. Selon la taille de l’entreprise, vous devrez décider si vous
formez un nouveau directeur parce que la taille est suffisante et que dans ce
cadre, les acquéreurs seront personnellement moins impliqués dans votre
entreprise. Ils auront surtout besoin d’une personne capable de faire tourner
la boutique avec une certaine autonomie.
Si la taille
est plus modeste (la grande majorité des cas), ce n’est pas un directeur que vous devez former, mais
une équipe autonome dans laquelle
viendra s’insérer un nouveau dirigeant. D’une manière générale, les acquéreurs
de PME achètent dans l’optique de gérer eux-mêmes. Dans ce cadre, il sera
important de veiller à ce qu’aucun membre de l’équipe ne se sente investi de
l’héritage que vous laisserez. Une telle situation entraînerait inévitablement
une confrontation entre le pseudo directeur et l’acquéreur.
Dans les deux
cas, vous devrez veiller à ce que votre personnalité soit moins décisive pour
l’ensemble des activités. Il serait judicieux que vos partenaires extérieurs
nouent également un contact privilégié
avec les principaux membres du personnel en place. Il nous paraît utile de
créer un lien affectif professionnel avec la société et ses membres et pas
seulement avec son dirigeant.
L’organisation interne
Quelle que
soit la taille de l’entreprise, il est dans tous les cas nécessaire de veiller
au transfert
du savoir, entre les jeunes et les anciens, entre vous et vos
collaborateurs. L’enjeu de la transmission est souvent sous-estimé, mais il
devient une urgence lorsque le dirigeant, qui détient des compétences critiques
pour l’entreprise, envisage de tirer sa révérence. Ce processus sera également
source de sens et de gratification pour les cédants, « en leur offrant la possibilité de donner une
cohérence globale à leur itinéraire et de valoriser leur expérience en la
partageant avec d’autres » (Gautier et Guillemard,
2004). Cela devrait également permettre au cédant de se prémunir contre son
propre désinvestissement humain trop rapide.
En débordant
du présent chapitre, nous pouvons constater que cette manière de pratiquer
facilitera le processus d’intégration et de professionnalisation de
l’acquéreur. Ce dernier devra intégrer rapidement le savoir professionnel issu
de l’expérience d’un métier (compétences techniques, habilités et tours de
main, astuces personnelles, savoirs pratiques et procéduraux) et le savoir lié
à l’histoire et au fonctionnement spécifique de l’entreprise (connaissance des
règles informelles, des réseaux de pouvoir et de circulation de l’information,
les codes culturels et relationnels de l’entreprise).
En pratique,
il conviendra de réaliser un organigramme de la société en y
reportant les compétences de chacun, le travail et les responsabilités, l’âge
des personnes. Ensuite, vous répondrez aux questions suivantes :
► Les
fonctions sont-elles toutes justifiées ? Doit-on en supprimer, en
modifier, en ajouter ?
► Des
changements de personnel sont-ils souhaitables ?
► Quelle
est la pyramide des âges ? Après examen, la pérennité des compétences et
des connaissances est-elle assurée pour les dix prochaines années ?
► Comment
va-t-on organiser le transfert continu des compétences et des
connaissances ?
► Chaque
partie de l’entreprise est-elle organisée de manière efficiente ? N’a-t-on
pas laissé de côté les adaptations nécessaires ? Peut-on optimiser une
partie de l’entreprise ?
► L’informatisation
et les outils de l’entreprise sont-ils adaptés ? Ne peut-on pas mieux
faire ?
► Quel
est l’avantage de mon organisation par rapport à celle de mes
concurrents ? Correspond-elle encore à nos objectifs actuels et
futurs ?
Il est
également intéressant d’examiner le flux d’informations disponibles, son
traitement et sa diffusion. Un exemple sera plus parlant. Si nous observons la
relation clientèle :
► Quelles
sont les informations qui sont recueillies ?
► A-t-on
les outils (entre autres informatiques) pour capter et traiter l’information
reçue des clients ? Leurs commandes types, leur volume, leurs réactions
aux promotions commerciales, leur évolution, les retours et plaintes... ?
► Réalise-t-on
un traitement de ces informations ?
► Ces
informations une fois traitées sont-elles utilisées ?
Nous
pourrions étendre ces considérations à tous les autres aspects de
l’entreprise : niveau financier, niveau des achats, niveau de personnel...
en un mot, a-t-on mis en place des outils permettant de piloter la
gestion ?
Vision stratégique
Dans le cadre
de la préparation commerciale et de
l’adaptation de la structure organisationnelle
de l’entreprise, ce délai de quatre ans sera bien nécessaire pour atteindre vos
objectifs.
Pour bien
vendre son entreprise, il est nécessaire de se mettre à la place des candidats
acquéreurs. Si vous leur proposez une activité en fin de vie, sans projet et
sans perspective,... ils ne valoriseront pas correctement le goodwill de
l’entreprise. Vous ne pourrez vendre correctement une entreprise en déclin.
Dans ce cadre, il vous est alors nécessaire :
ü de définir une stratégie pour les
activités de l’entreprise ;
ü de présenter un business plan en
accompagnement de la description de votre stratégie (un business plan bien
élaboré est un « plus » considérable) ;
ü de mettre en place les moyens et le
suivi utile au développement de la stratégie.
Cela
permettra au repreneur de calculer le rendement espéré.
Autres éléments :
Hors crise,
la vie d’une entreprise peut être un long fleuve tranquille. Comme tout un
chacun, nous sommes actifs à mettre sur pied des projets et à les réussir. Par
contre, peu d’entre nous assurent un suivi
optimal du projet. D’autres préoccupations mobilisent notre temps et
détournent alors notre attention. Pourtant, nous devons nous occuper
prioritairement du développement futur de l’entreprise et assurer son
développement futur.
Constatant
cette réalité, il est opportun de lister quelques éléments qui pourront avoir
une influence sur le projet « cession » et qui pourraient échapper à
l’entrepreneur occupé.
Avez-vous
revu récemment les points suivants :
•
Le permis d’exploiter est-il toujours valable ?
•
Quels sont les contrats qui me lient et qui me protègent ? Peut-on faire
l’état des lieux par exemple :
•
Les baux ont-ils été enregistrés et sont-ils renouvelés à temps ?
•
Les contrats d’assurance couvrant l’entreprise ont-ils été revus
récemment ? Suis-je couvert pour les nouveaux investissements, les
nouveaux risques nés de législations ou autres ?
•
Mon contrat de concession exclusive est-il en ordre ? Doit-il être
renouvelé ? Quelles sont les conditions pour une résiliation ?
•
Quel est le bilan environnemental de mon entreprise ? Dois-je prévoir un
assainissement de mes sols ? Où en suis-je par rapport aux exigences
légales actuelles ? Quel est le coût d’une mise en conformité ?
•
L’entreprise a-t-elle veillé à la protection de ses marques, brevets ?
Quand dois-je faire renouveler les protections ?
•
L’entreprise a-t-elle des labels, des certifications, des autorisations qui
doivent être renouvelés ? S’il n’y en a pas, doit-on entamer le travail
pour être par exemple ISO ?
•
Les contrats liant l’entreprise sont-ils intuitu personae, au nom du cédant ou
de l’entreprise ? Peut-on le cas échéant obtenir des modifications de
contrat pour que cela soit repris au nom de la société ?
•
Maîtrisez-vous les nouvelles obligations législatives de votre activité ?
Quelle est la pro-activité prévue en ce domaine ?
Le but de
l’analyse sera de maintenir les points forts de l’organisation, d’améliorer les
points faibles, de détecter les opportunités prévisibles et d’anticiper les
menaces potentielles ; dans le cadre de la cession, de construire une
entreprise efficiente plus « sexy » à la vente. Il n’est pas exclu
qu’une fois ce travail réalisé, vous ne soyez plus disposé à vendre !
Préparation
financière
Délai de quatre ans :
Dans le cadre
de la préparation financière à la cession, le délai de quatre ans que nous
avons fixé sera bien utile.
ð D’une
part, les examens, lors de négociations de reprise, de données financières des
exercices précédents remontent rarement à plus de trois ou quatre ans. La
vitesse d’évolution des marchés
implique que des données datant de cinq ans et plus correspondent à la
préhistoire.
ð D’autre
part, aucune analyse n’apprécie les mouvements
trop brusques qui paraissent suspicieux. Ce qui signifie que toute
modification ayant pour but de modifier l’aspect financier de l’entreprise doit
avoir été réalisée en dehors de ce délai de quatre ans ou avoir été étalée sur
la période des quatre ans.
Quatre ans
permettent généralement de faire évoluer la structure et les données
financières de l’entreprise vers vos objectifs. Rappelons cependant que vous
restez assujetti aux résultats réels
de l’entreprise. Il ne s’agit en aucun cas de créer de faux résultats, mais
plutôt de mieux les mettre en valeur et de ne laisser en charge de l’entreprise
que les coûts qui lui sont imputables et qui sont nécessaires.
Une mise en
valeur financière de l’entreprise peut donc être obtenue avec un délai de
préparation suffisant.
Ces
modifications seront importantes pour au moins deux aspects :
1. La valorisation de l’entreprise en elle-même. Dans ce
cadre, nous développerons quelque peu ci-dessous la partie évaluation de
l’entreprise et l’impact des modifications que nous présentons ;
2. Chaque acquéreur et son conseiller financier seront
attentifs à la structure financière de l’entreprise, en particulier sa rentabilité
et sa solvabilité. Vous serez comparé au standard du marché et à vos
concurrents (« benchmarking »). Sauf besoin
de financement impérieux, l’entreprise se soucie trop souvent très peu de sa
structure financière. La période de préparation devrait permettre d’élaguer ce
problème.
Méthode de valorisation :
Le présent
chapitre n’a pas pour but de présenter en détail la méthodologie de la
valorisation d’entreprises. Cela vous a déjà été explicité l’année passée à ce
même séminaire. Faisant confiance d’une part à votre assiduité à nos séminaires
et d’autre part à votre mémoire, nous partons de l’hypothèse que cette partie
est bien connue du présent public.
Cependant,
nous allons faire un bref résumé de l’implication
de chaque type de méthode d’évaluation. Cet exercice a pour unique but de
mettre en œuvre, par des exemples chiffrés, l’implication des préparations que
nous allons vous présenter.
Nous distinguons quatre types de méthode de
valorisation :
v Les us et coutumes
Méthode basée
sur la comparaison des différentes cessions par activité. Cela a conduit à
donner des valeurs de référence souvent basées sur le chiffre d’affaires. Cette
méthode est relativement simple, mais très généraliste et ne tient pas compte
des spécificités de l’entreprise même (son personnel, sa rentabilité, sa
structure financière). Ces méthodes sont particulièrement adaptées au rachat de
fonds de petits commerces ou de professions libérales.
v Les méthodes patrimoniales
Ces méthodes
sont basées sur la valeur analytique des biens possédés par l’entreprise
(actifs) et des dettes qu’elle doit assumer, et peu sur la valeur de rendement.
L’importance de la structure financière est prise en compte, mais la
rentabilité est un peu négligée. Ces méthodes sont souvent utilisées pour les petites
sociétés bénéficiant de peu d’information sur leur future rentabilité.
v Les méthodes de rentabilité
Ces méthodes
sont basées sur la rentabilité de l’entreprise et sa capacité à
« payer » son acquisition par les revenus futurs qu’elle générera. Ces
méthodes ont tendance à être moins adaptées aux sociétés qui ont des capitaux
propres importants ou qui ont besoin d’investissements importants. Par contre,
ces méthodes permettent de justifier aux investisseurs le retour sur
acquisition et la capacité à payer le prix demandé. Ces méthodes sont souvent
utilisées par les professionnels de la vente, elles se justifient
particulièrement pour les sociétés plus importantes.
v Les méthodes mixtes
Elles sont
une combinaison des méthodes patrimoniales et de rentabilité. Elles conjuguent
avec plus ou moins de succès les avantages des deux méthodes. Par exemple :
Formule de Peumans :
((ANC + dettes fin) +
((Bénéfice + Intérêts)/Intérêts))/2
Méthode
EDITBA avec dettes :
(EDITBA x
coefficient) - dettes fin
Méthode
dite « commerciale" :
ANC + (Bénéfice x An)
ANC :
actif net comptable corrigé (soit les fonds propres corrigés)
An :
actualisation de n années de revenu (par
exemple, cinq années)
Bien qu’il
n’y ait pas une méthode universellement reconnue pour évaluer une société en
continuité, l’utilisation de plusieurs méthodes d’évaluation permet de dégager
une valeur économique de la société.
Interaction
entre patrimoine privé et patrimoine sociétaire
Avant
d’examiner les éléments bilantaires et leurs
traitements qui peuvent avoir une influence sur la valorisation, il convient de
dire quelques mots sur les habitudes du dirigeant et l’interaction entre
patrimoine sociétaire et patrimoine privé.
Au fil de la
vie de la société, il est fréquent de constater une frontière de plus en plus
mince entre le portefeuille du
propriétaire et celui de l’entreprise. La philosophie générale étant qu’il
s’agit de la même poche et donc qu’il n’y a pas de déperdition. En pratique, cela se constate sous différents aspects
qui, pour une partie, sont d’ailleurs consacrés en droit fiscal :
l’utilisation d’un ou plusieurs véhicules à titre privé, la fourniture de
matériel informatique ou autre, l’état des comptes courants, la disponibilité
des bureaux, des lignes ADSL, la distinction parfois ténue entre les voyages
d’affaires et d’agrément... Nous ne portons pas ici de jugement sur les éléments
précités. Cependant, il faut prendre conscience que ceux-ci peuvent avoir une
influence sur le prix de cession ou sur la valorisation de certains éléments.
Comment faire évoluer cette position pour
améliorer le prix de cession ?
Si votre
entreprise donne lieu à une évaluation de type financière prospective
(utilisation EBITDA par exemple), vous avez intérêt à normaliser vous-même la situation et à opérer une meilleure
distinction entre le privé et le professionnel. Les opérateurs utilisant ce
type d’évaluation ont en effet prioritairement des raisonnements financiers et
sont peu réceptifs à ce type de mélange de genre. En résumé, ils ne valoriseront
pas ce type de frais qu’ils économiseront. Nous constatons que plus
l’entreprise est importante, plus il en va ainsi en pratique.
Doit-on pour autant abandonner tout type
d’avantage en nature ?
Non, le
cédant serait avisé d’utiliser une société de management. Cette société de
management facturerait des montants suffisants pour couvrir tous ses frais de
quelque nature que cela soit. Au travers de cette société de management, il pourrait gérer la partie que nous
qualifierons de « interactionnelle à son patrimoine privé ».
Lorsqu’il s’agit d’une facturation bien ciblée d’une société de management, les
acquéreurs sont habituellement consentants à normaliser le résultat, ce qui
signifie à tenir compte d’une charge réelle pour le travail réalisé.
Complémentairement, cela évitera au cédant de devoir détricoter des contrats de
baux, un leasing voitures ou de restituer le matériel « utilisé » par
la société (de management).
Si
l’entreprise s’adresse plus à des personnes qui utilisent des valorisations
basées sur les us et coutumes ou des méthodes de type patrimonial, ces éléments
seront moins handicapants. Cela s’adresse toutefois à des sociétés de plus
petite taille pour lesquelles les dirigeants ont souvent la même façon de
fonctionner au niveau « interactionnel de leur patrimoine ».
L’utilisation d’une société de management pour ce type de société est souvent
considérée comme un surcoût superfétatoire. L’acquéreur se montrera souvent
sensible aux rémunérations alternatives
auxquelles il pourra également postuler dans la poursuite de la vie de la
société.
Principe de
permanence des méthodes d’évaluation :
Pour les
besoins de la cause, nous allons émettre l’hypothèse de la possibilité de modifier les règles d’évaluation. Il
convient toutefois de respecter les règles légales, ainsi que le principe que
le résultat final doit être le reflet de la réalité et non un habillage
surestimé.
En vertu de
l’arrêté royal du 30 janvier 2001 portant exécution du Code des sociétés, les
règles d’évaluation adoptées par l’organe de gestion doivent rester identiques
d’un exercice à l’autre. Elles ne peuvent être modifiées que lorsqu’elles ne
donnent plus une image fidèle du patrimoine, de la situation financière
ou des résultats de l’entreprise.
Toute
entreprise doit adopter des règles d’évaluation. Celles-ci peuvent évoluer dans
le temps, suivant l’évolution de la réalité constatée sur le terrain. C’est
notamment le cas à la suite de changements
importants dans la nature de l’activité, dans la structure du patrimoine, dans
les circonstances économiques ou technologiques.
En pratique cependant, le choix des règles d’évaluation
répond souvent à des préoccupations
fiscales, et laisse des marges d’interprétation très importantes. La
législation fixe le cadre, mais la traduction dans la réalité des faits est
réalisée par l’organe de gestion. Pour exemple, nous vous renvoyons à la
valorisation des stocks : suivant les options prises (LIFO, FIFO, PMP,...),
les résultats peuvent significativement se modifier.
Pour clôturer, rappelons que chaque
modification des règles d’évaluation doit être justifiée et notifiée dans
l’annexe des comptes annuels, la répercussion de ces changements doit également
faire l’objet d’une mention chiffrée dans les comptes annuels.
Immobilisations
Régulièrement,
nous pouvons constater que les entreprises réalisent des investissements de fin d’année
dont elles commencent immédiatement l’amortissement par une annuité pleine en
vue de réduire la base taxable (ceci n’est plus possible pour les « grandes »
sociétés, qui doivent pratiquer le prorata temporis). Aucune modification des règles d’évaluation
n’est généralement nécessaire, puisqu’il s’agit le plus souvent de maintenir
une pratique conforme au droit comptable.
Dans le cadre
de la cession d’une entreprise, nous déconseillons cependant d’avancer les
investissements à une période qui ne se justifierait pas par le besoin de
l’activité.
Nous
exposerons plus loin quelques réflexions sur les investissements dans l’optique
d’une cession.
Il est également
possible d’activer certains frais, notons pour exemple :
Avis CNC 138-1 :
« ... les frais de recherche et de
développement susceptibles d’être portés à l’actif au titre d’immobilisations
incorporelles sont les frais de recherche, de fabrication et de mise au point
de prototypes, de produits, d’inventions et de savoir-faire, utiles aux
activités futures de l’entreprise.
Ces
frais de recherche et de développement ne peuvent être portés à l’actif que
dans la mesure où leur coût ne dépasse pas une estimation prudemment établie de
la valeur d’utilisation de ces immobilisations ou de leur rendement futur pour
l’entreprise...
S’ils
sont portés à l’actif, ces frais doivent faire l’objet d’amortissements selon
les règles habituelles... Si cet amortissement est réparti sur une durée
supérieure à cinq ans, il doit en être justifié dans l’annexe... »
Notons que
tout ce qui est repris en immobilisation et dont la durée d’utilité n’est pas
illimitée doit faire l’objet d’un amortissement,
ce qui réduira les résultats des années ultérieures. Dans ce cas, l’utilisation
de méthodes qui, en réalité,
« valorisent » les amortissements peut être
intéressante : EDITBA, discounted cash flow... Il
faut cependant rester très prudent et vigilant dans ce type d’opération. Nous
avons sciemment repris l’exemple des frais de recherche et développement qui
est certainement la rubrique la plus difficile à traiter. Ne pourra être repris
en immobilisations que ce qui a une valeur
réelle. Malgré l’admissibilité de principe de l’immobilisation de frais de
recherche et développement, si ces derniers n’aboutissent pas à développer un
produit ou un processus, ils devront faire l’objet d’une réduction de valeur.
Pour rappel,
le droit comptable précise que la valeur d’immobilisations incorporelles (prix
de revient) ne peut dépasser une estimation prudemment établie de la valeur
d’utilisation des immobilisations ou de leur rendement futur pour l’entreprise.
Sans cela le repreneur les considérera comme nulles, réduira d’autant la valorisation, voire en
induira une méfiance sur la qualité et la probité des cédants.
D’une manière
générale, il est bon de vérifier que certains petits investissements ne
passent pas directement par les comptes de charges. Il convient dans ce sens de
fixer un montant pour distinguer les charges des investissements. Il faut
préciser qu’il sera imprudent de porter en immobilisation des achats qui
peuvent être théoriquement conservés un certain temps, mais qui dans la réalité
se dégradent très vite ou disparaissent de l’entreprise. C’est particulièrement
le cas pour le petit outillage, le petit matériel de chantier qui disparaît
facilement... Cette distinction est cependant une distinction de fait, et pas
théorique. Par exemple, une tronçonneuse pourra avoir une durée de vie de
quatre mois pour un élagueur professionnel et de dix ans pour un menuisier.
Plus-values de réévaluation
La question
revient souvent de savoir s’il y a lieu d’acter des plus-values de
réévaluation, en particulier sur les immeubles. Cette question est épineuse et
à double tranchant.
Au point de
vue de la solvabilité, les
partenaires financiers poussent souvent leur client à présenter des comptes
annuels qui intègrent des plus-values de réévaluation. Cette technique leur
permet de présenter à leur comité de crédit un dossier correspondant mieux à la
réalité de la solvabilité. Comme la solvabilité est un des points d’intérêt
dans le cadre d’une cession, nous ne pouvons exclure cette pratique, sous
condition d’un strict respect des règles et de la prudence.
Cependant,
nous ne pouvons ignorer que le droit comptable impose d’appliquer des amortissements aux plus-values ainsi
constatées. Ce qui a comme conséquence d’accentuer une différence entre le
résultat fiscal et le résultat comptable.
Complémentairement, cette charge d’amortissement est de nature à réduire
la rentabilité et donc le calcul de valeur (suivant les méthodes utilisées). Il
est bien sûr possible de rétablir pour l’acquéreur un résultat
« normalisé », mais cela entraîne des complications.
D’une manière
générale, l’utilisation de la technique d’enregistrement de plus-values de
réévaluation est souvent consécutive à une mauvaise solvabilité (et
certainement une mauvaise rentabilité) de l’entreprise et à sa difficulté
d’obtenir des crédits. Les plus-values de réévaluation ne sont-elles pas actées
plus fréquemment par les entreprises en difficultés ? Nous pensons donc
qu’il convient d’éviter cette technique.
Amortissements
En préambule,
rappelons que les amortissements ne peuvent dépendre du résultat et doivent
être pratiqués de manière systématique. Le plan d’amortissement doit répartir
la prise en charge sur la durée
d’utilisation probable. Il doit être défini avec prudence et bonne foi,
mais il existe une marge opérationnelle dans ce cadre.
Le droit
comptable permet aux petites sociétés l’utilisation d’un prorata temporis (et y oblige pour les
grandes). L’amortissement s’effectue alors proportionnellement à la présence,
au cours de l’année, de l’investissement dans l’entreprise. Cette mesure n’a
d’impact que l’année d’acquisition des investissements. Cependant, pour une
société qui réalise régulièrement des investissements, cela peut avoir une
certaine importance.
Si un bien a
fait l’objet d’un amortissement prorata temporis
l’année de l’acquisition, l’impact sera double au niveau de
l’évaluation de l’entreprise :
• Les
fonds propres seront augmentés des amortissements non pratiqués ;
• Le
résultat éventuellement utilisé pour déterminer le goodwill sera plus
important.
En ce qui
concerne la durée d’amortissement,
il existe une certaine latitude dans sa détermination. Un outillage pourra être
utilisé pendant dix, voire quinze ans. Cependant, il sera souvent amorti en
cinq ans, par mesure de prudence et pour des raisons fiscales. Les rectifications
rétroactives d’amortissements ne sont pas permises, sauf modification de
circonstances économiques ou technologiques.
Dans le cadre
de la préparation de la cession, on ne peut donc généralement pas modifier la
durée d’amortissement des investissements déjà existants ; par contre pour
les nouveaux investissements, une adaptation en fonction d’une durée plus
réelle est envisageable. La Cour d’appel de Liège (24 décembre 1999, FJF
2000/147) rappelle que l’amortissement doit être le reflet de la dépréciation
prévisible au moment de l’achat du bien, compte tenu de l’utilisation effective
qui en sera faite. Attention, cela peut induire une modification des règles
d’évaluation, mais souvent les règles en vigueur sont suffisamment larges pour
qu’il n’y ait pas besoin de modification.
La méthode d’amortissement utilisée peut
avoir une influence certaine. En
Belgique, nous relevons deux méthodes principales :
1. amortissement
linéaire (dépréciation
constante) ;
2. amortissement
dégressif (dépréciation
décroissante : élevé au début).
Nous nous intéresserons
particulièrement à l’amortissement dégressif belge (qui n’est pas un dégressif
« pur »).
L’AMORTISSEMENT
DÉGRESSIF est la prise en charge
d’un investissement,
étalé sur une période donnée
de façon à prendre plus en charge
au début qu’à la fin. L’amortissement
annuel est calculé de manière dégressive ou décroissante en appliquant un taux
fixe à la valeur
restant à amortir
ou valeur
résiduelle. Le droit comptable admet, moyennant le respect de certaines
formalités (mentions en annexe aux comptes annuels), que les immobilisations
puissent faire l’objet, conformément aux dispositions fiscales en la matière,
d’un plan d’amortissement accéléré, c’est-à-dire dépassant ce qui est
économiquement justifié. C’est ainsi que l’on peut enregistrer dans les livres
des amortissements dégressifs ou doublés, lorsque la loi fiscale le permet,
alors même que ceci conduirait à anticiper, économiquement, la prise en charge
du coût de l’investissement. Outre l’amortissement linéaire, l’article 61 CIR
1992 prévoit le régime du doublement des amortissements linéaires, le régime
d’amortissement dégressif et les amortissements accélérés en raison de
circonstances économiques particulières. La réglementation comptable ne prend
aucune disposition contraire quant aux plans d’amortissement fiscalement accéléré, et s’en réfère aux
dispositions fiscales.
L’AMORTISSEMENT ACCÉLÉRÉ permet de réduire
temporairement le revenu imposable. Cette possibilité est intéressante dans
le cadre d’une politique fiscale, et également dans l’optique qu’un nouvel
investissement est souvent plus rentable les premières années de sa mise en
service. Dans ce cadre, une prise en charge de ce complément d’amortissement
est économiquement justifiée.
Mais comme déjà indiqué, la politique fiscale sera souvent
contreproductive dans le cadre de la valorisation. Sauf raison économique
justifiée, il conviendra donc de ne plus promouvoir ce type d’amortissement
accéléré pour les investissements futurs. Notons que cela ne devrait généralement
pas faire l’objet d’une modification des règles d’évaluation.
Lorsqu’une
modification des règles d’évaluation est cependant nécessaire, elles doivent
faire l’objet d’un procès-verbal de l’organe de gestion. Une mention de la
modification et sa justification devront également être reprises en annexe aux
comptes annuels. Il faut également garder à l’esprit que l’année du changement
des règles, l’impact financier sur les résultats devra être renseigné dans
l’annexe.
Concernant les amortissements par rapport aux normes comptables
internationales (IAS/IFRS) :
• Les normes internationales n’offrent pas l’option
pour les amortissements fiscaux ;
• La valeur résiduelle probable d’une
immobilisation corporelle au moment de sa cession probable n’est pas amortie ;
• Les durées d’amortissement sont à revoir
périodiquement.
Valorisation du stock
et des commandes en cours d’exécution
Par rapport aux stocks, nous pouvons distinguer trois
aspects :
1. L’existence du stock ;
2. Les réductions de valeur potentielles ;
3. La valorisation en elle-même.
L’existence
du stock
Il n’est pas rare que des sociétés ne portent guère
d’attention à faire un relevé de leurs stocks réels, y compris leurs encours,
cette démarche ne présentant à leurs yeux guère d’intérêt fiscal. S’il y a bien
existence d’un stock (voire même d’un stock de pièces de rechange et de
fournitures), le respect du droit comptable impose pourtant de l’exprimer dans
les comptes. En outre, dans le cadre de négociations de reprise, il convient de
mentionner le plus rapidement possible la présence d’un stock de manière à ce
que leur enregistrement tardif ne vienne pas troubler l’examen de la
rentabilité et des marges (dans le cadre du « benchmarking »).
Les
réductions de valeur :
Nous
retrouvons dans nombre d’entreprises des réductions de valeur forfaitaires
automatiques pratiquées sur le stock. Cette pratique est courante et prudente.
Des réductions de valeur sont imposées par la législation s’il y a une réelle
perte de valeur, mais ne devraient normalement pas être forfaitaires. Comme
pour les autres rubriques, il faudra distinguer ce qui est un mouvement
purement fiscal et ce qui est de la prudence raisonnée.
AVIS
CNC 132-07 (extrait) : Des réductions de valeur sont actées... pour tenir
compte soit de l’évolution de leur valeur de réalisation ou de marché, soit des
aléas justifiés par la nature des avoirs en cause ou de l’activité exercée. Ces
réductions de valeur ne peuvent être maintenues dans la mesure où elles
excèdent en fin d’exercice une appréciation actuelle des dépréciations en
considération desquelles elles ont été constituées.
La
valorisation :
L’acquisition
de marchandises
à revendre ne pose en général que peu de problèmes. On peut
s’interroger sur l’application de la règle du FIFO ou LIFO, d’une moyenne
pondérée ou d’une valeur individualisée. Si la rotation du stock est normale,
cela n’aura que peu d’incidence.
L’avis CNC
132-07 révèle qu’il y a une certaine marge d’appréciation dans les
éléments à valoriser :
« La valeur
d’acquisition à l’entrée peut être définie comme un prix « rendu magasin »
comprenant tout ce que le bien acheté a coûté jusqu’à sa première mise en stock
par l’entreprise. Il s’obtient par l’addition des éléments suivants :
1° le prix d’achat en
principal porté en facture par le ou les fournisseurs, compte tenu des rabais,
remises et ristournes obtenues... et du coût des emballages non repris ;
2° les droits et
taxes qui grèvent le prix d’achat, tels que les droits d’accises, les droits
d’entrée, la taxe sur la valeur ajoutée (dans la mesure où elle n’est pas
récupérable) ;
3° les frais
accessoires, imputables sans ambiguïté aux marchandises en cause, portées en
compte par des tiers, fournisseurs de services, intervenant dans l’acheminement
jusqu’à l’entreprise, des biens achetés, tels que :
les frais de port, de
transport et d’assurance ;
les frais de
chargement, de déchargement, de halage et éventuellement de stockage dans les
ports ;
les frais de
commissions et de courtage à l’achat ;
4° les frais internes
exposés par l’entreprise pour acheminer, lors de l’achat, les biens achetés
jusqu’au lieu de premier stockage, tels que les frais de déchargement et de
manutention, de traction ferroviaire propre et de transport par camions
propres.
L’inclusion dans le
prix d’acquisition des stocks de marchandises des frais accessoires visés sub 3° et 4° ne s’impose pas si ces frais revêtent, en
termes relatifs, une importance négligeable. »
La majorité des entreprises se contentent de valoriser
le stock de marchandises au prix d’achat repris sur la facture, sans tenir
compte des frais annexes. Une application des frais annexes aurait comme
conséquence d’améliorer la marge la première année et de manière durable
d’augmenter les fonds propres du montant de l’augmentation de la valorisation
du stock. Si cela n’est pas comptabilisé effectivement, aucun acquéreur ne vous
accordera une augmentation de valeur pour en tenir compte.
Concernant les
produits finis, nous reproduisons la définition du prix de revient tel que
repris l’avis CNC -132-07 :
« Coût de
revient
2.1. L’arrêté royal...
dispose... que le coût de revient des fabrications « s’obtient en ajoutant au prix
d’acquisition des matières premières, des matières consommables et des
fournitures, les coûts de fabrication directement imputables au produit ou au
groupe de produits considéré ainsi que la quote-part des coûts de production
qui ne sont qu’indirectement imputables au produit ou au groupe de produits
considéré, pour autant que ces coûts concernent la période normale de fabrication ».
Le principe de base est donc celui du coût de revient intégral (full cost) comprenant tout ce qu’a coûté le produit fini jusqu’à
sa mise en stock et qui s’obtient en additionnant les éléments suivants :
2.1.1. Les charges
directes de production, c’est-à-dire les charges qui peuvent être affectées
directement, sans calcul intermédiaire, au coût d’un produit ou d’un groupe de
produits bien déterminé, telles que :
les
approvisionnements (matières premières, fournitures) utilisés (y compris les
emballages et accessoires qui font corps avec le produit fini), valorisés à
leur prix d’acquisition selon une des méthodes d’imputation des sorties de
magasin mentionnées ci-dessus ;
les services, travaux
et études directement rattachés aux produits finis ;
les sous-traitances
générales ;
les rémunérations de
la main-d’oeuvre directe de production et les charges
sociales y relatives ;
les amortissements
directement imputables ;
certaines charges
qui, même si elles transitent par des centres de frais ou si elles sont
imputées sur base d’une clé de répartition appropriée, peuvent être rattachées
à ce coût sans ambigüité.
2.1.2. Les charges
indirectes de production, c’est-à-dire celles qui sont d’abord affectées ou
réparties à charge des centres de frais (bureaux, services, ateliers, magasins,
etc.) dont les coûts, après transferts éventuels entre centres, sont imputés au
coût de revient recherché sur la base d’une clé de répartition. Tant les
charges directes qu’indirectes contiennent des éléments « variables » et des
éléments « fixes » (qui restent plus ou moins fixes entre deux seuils d’activité)
constitués par les frais industriels généraux, les frais des services
auxiliaires et les frais des services de fabrication.
L’imputation aux
stocks des charges fixes de production doit être opérée sur la base de
« conditions normales d’exploitation » et, notamment, d’une utilisation normale
de la capacité de production. Cette capacité normale correspond à la production
attendue en moyenne et dans des conditions normales, de l’ensemble productif au
cours d’un certain nombre de périodes.
2.2. En revanche, le
coût de revient ne comprend pas les éléments suivants :
les dépenses de
recherche et de développement, les frais d’administration générale et les frais
de commercialisation et de vente ;
les coûts afférents
aux malfaçons, erreurs de production et autres pertes lorsque ces coûts ne
relèvent pas des conditions normales d’exploitation ;
les intérêts
débiteurs afférents aux emprunts contractés pour financer les stocks. Une
faculté d’inclusion de ces charges financières dans le coût de revient des
stocks est toutefois ouverte..., mais uniquement pour autant que ces charges
concernent des stocks dont la durée de fabrication est supérieure à un an et
qu’elles soient relatives à la période normale de fabrication de ces
stocks.... »
Ce simple descriptif montre à souhait que la
valorisation du stock de produit fini est un exercice périlleux et qui comporte
de larges possibilités d’interprétation.
Concernant les
en-cours, il n’est pas rare de constater qu’ils ne sont pas renseignés
(sauf si importants). Pour notre part, nous prônons d’exprimer tous les
en-cours existants et valorisables. Leur valorisation
sera fixée sur la base du prix de revient de manière similaire à ce qui est explicité
pour les produits finis.
Concernant les
commandes en cours d’exécution, l’organe de gestion aura le choix de
valoriser le prix de fabrication en y incluant la marge bénéficiaire sur le
produit. Cette marge est déterminée compte tenu du degré d’avancement de la
fabrication ou des prestations, par rapport au prix de vente stipulé pour la
commande. Cette majoration de valorisation ne peut s’appliquer que lorsque
cette majoration est devenue raisonnablement certaine (art. 71 de l’A.R. du 30
janvier 2001). Cette possibilité peut donc avoir une importance non négligeable
sur l’évaluation de l’entreprise.
La manière de valoriser le prix
de revient doit être reprise dans le résumé des règles d’évaluation à publier
en annexe aux comptes annuels. Comme toutes règles d’évaluation, elles peuvent
être modifiées (pas de manière intempestive ni d’année en année).
Les modifications apportées affecteront principalement
l’année de la modification, mais peuvent avoir un impact significatif sur les
fonds propres. Il faut noter que l’année qui suit la modification des règles
d’évaluation (en positif pour le résultat) devrait connaître une réduction des
résultats. En effet, les stocks vendus seront dans ce cas plus chers et la
marge sur cette année moindre. Dans le cadre d’une évaluation qui donne plus
d’importance au résultat le plus récent, il est préférable de modifier ces
règles le plus tôt possible.
En ce qui concerne le niveau du stock, si nous parvenions à valoriser celui-ci au
coût complet (frais accessoires et indirects compris), l’on pourrait en
conclure qu’il est de l’intérêt de l’entreprise d’accumuler le plus de stock
possible.
Nous devons
nous inscrire en faux par rapport à ce raisonnement. D’une part, la
valorisation tiendra également compte de la rentabilité et d’éventuels ratios de rotation. Des stocks élevés
apporteraient une très mauvaise rotation. Complémentairement, plus le stock est
élevé, plus il est susceptible de contenir du stock invendable et donc
d’entraîner des réductions de valeur.
Il conviendra
également de ne pas immobiliser trop
de moyens financiers dans le stock. D’une part, les moyens financiers ont un
coût et d’autre part, l’acquéreur potentiel doit pouvoir bénéficier d’un stock
à haute rotation de manière à réorienter lui-même la politique de stockage et
de choix des articles.
Nous pouvons
cependant citer une exception : les activités dépendant fortement de
marchés de matières premières. Les
marchés de matières premières sont relativement fluctuants. Par exemple, nous
avons pu constater des variations de 30 % dans le marché de l’acier en
quelques mois. Une acquisition importante de stock à bas prix avant une
augmentation escomptée des prix, aura bien sûr une incidence positive sur la
valorisation.
Créances
Comme nous
l’avons déjà exprimé pour le stock, il convient de vérifier les réductions de
valeur forfaitaires qui sont parfois pratiquées par rapport à la réalité des
choses. D’une manière générale, il conviendra également d’être attentif au
risque de faillite et à l’avancement de la liquidation de clients sur lesquels
l’entreprise a des créances, de manière notamment à réclamer le plus rapidement
possible les TVA à récupérer.
En pratique,
ce poste comporte régulièrement des désillusions pour les vendeurs. Le suivi de
clients douteux est rarement suffisant. Lors d’un audit d’acquisition, cette
rubrique entraîne régulièrement des corrections négatives - corrections qui
sont généralement imputées au résultat de l’exercice. Comme nous l’avons déjà
expliqué, le fait de prendre à temps les réductions de valeur devrait permettre
d’éviter le double effet des corrections, soit une réduction des fonds propres
et une réduction du résultat de l’année.
Comptes de régularisation et
autres aspects de « cut off » :
Nombre
d’entreprises ne prennent pas la peine de rechercher dans leurs comptes les charges décaissées pendant l’année,
mais dont la charge est à reporter (au moins partiellement) sur l’année
suivante (assurances, etc.). Il en est de même pour les charges non décaissées,
mais imputables à l’exercice (précompte immobilier, taxes...).
De la même
manière, il convient de prendre en comptabilité la totalité des produits à recevoir pour lesquels il y
a une probabilité raisonnable de les obtenir. C’est le cas des remises de fin
d’année, des bonus sur série spéciale (vente de véhicules), des régularisations
d’assurances. Ce travail doit s’effectuer pour le positif et le négatif
(factures à recevoir).
Aucune
modification des règles d’évaluation n’est nécessaire. Il s’agit simplement
d’appliquer les règles du droit comptable.
Provisions
Dans le cadre
d’un pur réflexe fiscal, lorsqu’un litige
est déclaré, il n’est pas rare de s’apercevoir qu’une provision est reprise
pour la totalité des demandes de la contrepartie, intérêts compris, plus les
frais d’intervention du conseiller juridique... Il convient bien sûr d’être
prudent et de couvrir le risque réel.
Les
provisions pour risques et charges ont pour objet de couvrir des pertes ou charges nettement
circonscrites quant à leur nature,
mais qui, à la date de clôture de l’exercice, sont ou probables ou certaines,
mais indéterminées quant à leur montant.
Complémentairement
aux provisions pour litige, dont la dotation s’impose, il y a également les provisions dites techniques. Ces
provisions couvrent un risque potentiel dont le montant n’est pas une
certitude, mais une évaluation d’une situation. Par exemple une provision pour
garantie technique. Dans ce cadre, il conviendra de réexaminer les statistiques
qui sont à la base de ces provisions techniques. Trop souvent, le montant est
déterminé sur de vieilles statistiques obsolètes, mais acceptées par
l’inspecteur fiscal.
Notez que le
réexamen des statistiques pourrait amener un accroissement de la provision.
Distinction entre résultat
d’exploitation et résultat exceptionnel :
Nous devons
l’annoncer tout de suite, pour nombre de méthodes de valorisation simples
utilisées en pratique, la distinction
entre résultat d’exploitation et résultat exceptionnel n’est pas opérante. Par
contre, dans le cadre d’une évaluation complète, il conviendra souvent de
« normaliser » le résultat. Ce qui signifie en clair expurger des
résultats de l’année tout ce qui n’entre pas dans le cadre de l’activité
normale. Le but étant d’obtenir un résultat « normal » le plus proche
possible d’une situation sans à-coup.
Pour prendre
un exemple, les plus-values ou moins-values sur cession
d’immobilisations corporelles peuvent être reprises en 74/64 (résultat
d’exploitation) ou 76/66 (résultat exceptionnel). Si un transporteur amortit
rapidement ses camions et qu’il les revend dès qu’ils ont atteint une
ancienneté limitée (souvent cinq ans), le résultat qu’il en tirera devrait être
considéré comme un résultat d’exploitation, car par prudence il a amorti un peu
trop vite et a réduit son résultat d’exploitation d’autant. Complémentairement,
il réalisera régulièrement des cessions de camions. L’on peut donc considérer
que d’une certaine façon cela rentre dans le cadre de son activité. Par contre,
dans le chef d’une autre entreprise ne possédant que très peu de véhicules
qu’elle amortit lentement et qui ne font l’objet de renouvellement qu’après dix
années de service, la plus-values réalisée à la cession du véhicule relèvera
plutôt du résultat exceptionnel.
Le droit
comptable donne des conditions théoriques, mais comme vous pouvez le constater,
il s’agit surtout de l’observation d’une situation de fait.
Notons
également que les résultats provenant d’exercices antérieurs ne peuvent plus
être portés systématiquement aux résultats
exceptionnels, mais doivent être repris au résultat d’exploitation (suivant
l’analyse de ces résultats).
Abandon de la vision fiscale de
l’entreprise :
Nous devons,
dans un premier temps, rétablir une réalité économique aux données qui nous ont
été transmises. Il convient également de déterminer un résultat d’exploitation
« normal », c.-à-d. en excluant les parasites tels qu’énoncés
ci-avant.
Aucun
entrepreneur n’est désireux de débourser des impôts conséquents. Pourtant,
chacun sait que l’existence d’un impôt est liée à des résultats positifs de
l’entreprise, même si une distorsion conséquente existe entre le résultat
comptable et le résultat fiscal.
La décision
d’adopter une politique comptable fiscalement moins agressive, fait partie de
la préparation psychologique nécessaire à la mise en place de la cession d’une
entreprise. Il sera souvent utile de se battre contre les anciens réflexes et
penser cession. La société doit prendre exemple sur les sociétés cotées. A
chaque moment, elles essaient généralement de se rapprocher, dans leur image
comptable, de leur valeur de marché. Elles n’utilisent donc guère des méthodes
excessivement prudentes. En résumé, la position inverse de tout ce que le
professionnel du chiffre a généralement l’habitude de pratiquer.
Niveau des investissements
En principe,
à l’approche d’une cession, on aura tendance à réduire les investissements au
minimum, tout en conservant la qualité de l’outillage
sans défaut. Il convient donc de connaître son cycle d’investissement et de
programmer la cession de l’entreprise au moment d’équilibre entre la prise en
charge de l’investissement actuel et la non-nécessité de renouvellement. Plus
les investissements sont conséquents et plus cela sera déterminant.
Tout investissement induit des coûts qui
auront tendance à réduire la valeur de la société. Il s’agit de charges
d’amortissement (partiellement compensées dans les formules usuelles de
valorisation), les charges d’intérêt, les frais de mise en route, l’arrêt
partiel de l’activité pour réaliser la mise en route et les frais de formation
éventuelle. Sans compter que le dirigeant et une partie du personnel devront
occuper une partie de leur temps à ces investissements.
Complémentairement,
il n’est pas certain que l’investissement agrée le nouveau propriétaire. Ce
dernier traitera parfois l’investissement réalisé plus comme un point faible
que comme un point fort de l’entreprise. Il ne faut pas négliger que cela
augmentera probablement l’endettement,
ou diminuera la liquidité de l’entreprise.
Cependant, un
outillage en mauvais état ou non adapté à une production efficiente, rebutera
les repreneurs qui ne sont pas désireux de valoriser ce type d’outillage.
En résumé,
dans le cadre de la préparation à la cession, il sera nécessaire d’avoir une
attention particulière aux investissements, de manière à ce qu’ils soient
toujours efficients, et qu’au moment des négociations, ils soient devenus
parfaitement rentables et adaptés à l’activité de l’entreprise.
Liquidité de l’entreprise
Dans une
partie non négligeable des cas, le repreneur va s’appuyer sur les liquidités de
l’entreprise pour financer son rachat. Les modifications de l’article 629 du
Code des Sociétés, concernant les garanties que la société cible peut fournir
pour garantir son rachat, la remontée de dividendes, la capacité à investir
sans trop entamer la capacité à emprunter, sont quelques éléments qui vont
donner une importance particulière à vos liquidités.
Possessions
immobilières
Posséder un important patrimoine immobilier
dans la société à vendre est-il un atout ?
Le patrimoine
immobilier peut se révéler intéressant dans la prise de garantie. Cependant pour que cette prise de garantie puisse être
légalement réalisée, il faut que la valeur de la garantie ne dépasse pas le
montant des bénéfices distribuables
(article 629 du Code des sociétés). En d’autres mots, pour pouvoir utiliser
correctement le bien immobilier dans le financement, il faut des réserves et
bénéfices reportés équivalents.
Financièrement,
si les valeurs immobilières sont conséquentes, cela pourrait être un obstacle à la cession, et donc diminuer
le prix. En effet, même si le prix réclamé pour une société, toutes ses
richesses comprises, peut être tout à fait justifié, le fait qu’une partie
conséquente de ce prix soit utilisée (bloquée ?) pour reprendre les
bâtiments peut engendrer des problèmes.
La possession
d’immobilier par l’entreprise aura tendance à augmenter la valeur de la société
à un niveau largement supérieur à celle qui découle de calculs basés sur son
activité et sa rentabilité. Ce niveau de prix va raréfier les candidats
potentiels, car peu de monde aura la capacité financière de payer ce montant.
Cet excédent de prix, justifié, ne peut plus être utilisé par le repreneur pour
le développement de l’activité. De ce fait, vous limitez le nombre d’acquéreurs
potentiels, ce qui a tendance à réduire la valeur de cession de la société.
En somme, une
société trop riche en biens peu liquides devient plus difficile à vendre. La
seule richesse qui est facilement utilisable par les repreneurs découle des valeurs disponibles.
Dans le cadre
d’un patrimoine immobilier important, on pourrait se poser la question d’une scission de la partie immobilière
et de l’activité. D’une part, cela compartimente la vente avec deux acquéreurs potentiels
et normalement un prix global plus intéressant. D’autre part, cela vous
autorise à créer un « pool » immobilier que vous pouvez conserver
dans votre patrimoine privé. Il est donc important de se montrer ouvert à de
nouvelles voies et éventuellement de les mettre en place dans la période de
préparation.
Que faire de sa
holding éventuelle ?
Si vous avez
utilisé une société holding pour acquérir votre entreprise, il convient de
s’interroger sur l’opportunité de dissoudre
cette structure au moment de revendre la filiale. En effet, d’une part la vente
de l’entreprise a comme but final de vous enrichir (et si possible au moindre
coût), ce qui signifie qu’in fine le cash doit vous revenir personnellement.
Actuellement,
la cession de titres par une personne physique n’entraîne normalement aucune taxation. Une information plus complète
serait nécessaire, mais dans la limite du présent travail, nous partirons de ce
postulat simple.
Lorsqu’une
société cède une participation, cela se fait également, en principe, sans
impôt. Mais si cette société doit distribuer des dividendes en faveur de ses
actionnaires personnes physiques, cela entraînera un précompte mobilier de 15, ou dans notre cas, plus probablement de
25% (la société ayant généralement été constituée il y a longtemps et ne
pouvant dès lors pas bénéficier d’un taux réduit de précompte).
Par contre,
la liquidation de la société holding n’entraînera que la taxation du boni de liquidation au taux de
précompte de 10%. Partant de l’hypothèse que votre société holding n’a pas
entamé son capital, la plus-value qu’elle aura réalisée sur la vente des titres
de sa filiale augmentera d’autant le boni de liquidation, qui sera taxé à 10%.
ð Une possibilité
intéressante peut être de liquider la
société holding suffisamment de temps à l’avance (au moins trois ans, ou
mieux encore, au moment où la conjoncture est difficile et donc les évaluations
basses), en procédant à une attribution en nature aux personnes physiques
actionnaires de la holding, des titres de la filiale, à une valeur relativement
basse, acceptable fiscalement. Le boni de liquidation précomptable
à 10% pourrait ainsi être réduit.
ð Une autre
possibilité serait de vendre les titres
de la holding elle-même, mais celle-ci possède éventuellement d’autres
actifs que vous ne voulez peut-être pas céder en même temps, ou que l’acquéreur
ne désire pas acheter. En outre, la possession ultérieure d’une structure à
deux étages par l’acquéreur ralentit et alourdit légèrement le coût fiscal de
la circulation de dividendes... surtout que généralement l’acquéreur est lui-même
une société. Cela le conduirait alors à vivre avec une structure à trois
étages, ou à devoir exposer les coûts et formalités d’une fusion.
La
liquidation de la société holding comporte un autre avantage
significatif : la récupération de la possibilité d’obtention de taux
réduit pour l’entreprise dont les titres sont détenus par la holding. Cette
réduction de taux d’impôt de 33,99% à 24,9775% (sur une première tranche de
25.000 EUR) permettra une augmentation de la valeur de l’entreprise sans effort
complémentaire.
La
problématique des sociétés holding est un sujet juridiquement et fiscalement
complexe, que nous ne pouvons qu’effleurer dans le présent travail. Une étude
préalable spécifique quant à son devenir juridico-fiscal doit être réalisée par
un spécialiste.
La
présentation
Une fois la
préparation de l’entreprise à la vente menée à son terme, il sera nécessaire de
la présenter sur le « marché ».
Dans cette optique vous devrez établir un mémorandum de présentation ou plutôt
deux mémorandums de présentation.
Le premier,
complet, qui sera remis aux candidats sérieux avec lesquels vous désirez entrer
en négociation et qui comprendra :
ü Présentation de la société :
ü Identification ;
ü Description de l’entreprise
(historique, mission, organisation) ;
ü Raison de la cession ;
ü Information structurelle et
organisationnelle :
ü Evolution
financière (bilan, trésorerie, rentabilité, structure des coûts) ;
ü Evolution
du personnel (compétence, organigramme) ;
ü Présentation du secteur d’activité
(nature, tendance, position concurrentielle, définition de la clientèle,
stratégie développée, business plan) ;
ü Forces et faiblesses de
l’entreprise ;
ü Opportunités et menaces
futures ;
ü Conditions envisagées pour la
cession.
Ce mémorandum
éveillera l’intérêt des candidats acheteurs. Il permettra à ces derniers d’appréhender complètement l’entreprise
avant d’entrer dans une phase de négociation et d’engagement de part et
d’autre.
Ce document
sera mis à jour régulièrement et permettra de présenter une bonne vision de
l’entreprise sans que les acquéreurs interviennent dans le cadre journalier de
l’entreprise.
Il ne
constitue que les prémices à la négociation.
Une fois celles-ci commencées, une introspection en règle de l’entreprise par
l’acheteur sera encore nécessaire.
Le second mémorandum découlera du premier.
Il en sera une version succincte et anonyme. Il permettra de vous mettre sur le
marché sans vous dévoiler. Il devra comporter suffisamment d’informations pour
susciter l’intérêt, mais pas assez pour que l’on vous identifie formellement.
Dans certains
domaines d’activité où le nombre d’intervenants est très restreint, cet
anonymat ne pourra être garanti.
L’anonymat est pourtant
important. Vos concurrents pourraient se servir de votre position de vendeur
pour vous affaiblir auprès de vos clients, vos fournisseurs ou même entamer des
actions commerciales sur le long terme que vous n’aurez pas la volonté de
contrer.
Habituellement,
les informations fournies sont :
•
Les informations sur le type de société ;
•
Une courte description de l’activité ;
•
Les motifs de la vente ;
•
Des informations concernant la localisation de l’activité ;
•
Quelques données chiffrées (chiffres d’affaires, résultat, nombre de
personnel) ;
•
Une fourchette de prix de cession.
Cela
permettra d’appâter les repreneurs potentiels et d’éviter les curieux. Votre
partenaire externe s’occupera des premiers contacts afin de ne conserver que
les repreneurs présentant un réel potentiel.